Sarkozy bénéficie de son nouveau style, Fillon pâtit du débat sur la « rigueur ».
A l'issue des municipales, le couple exécutif semble, dans sa relation aux Français, être revenu à une répartition plus classique des rôles. Le Président était jusque là en première ligne pour réformer le pays sur la base de son projet présidentiel, son premier ministre étant chargé de le mettre en œuvre. Durant les premiers mois de son mandat, le Président était populaire et la confiance du Premier ministre y était indexée.
A partir de début janvier, la conjonction entre d'une part, l'esquive de Nicolas Sarkozy sur le « pouvoir d'achat », qui a eu pour effet d'entamer la cohérence de son projet présidentiel, et d'autre part, la surexposition de sa vie privée, qui a fragilisé la nécessaire symbolique présidentielle, a entraîné la chute de sa cote de confiance.
Lors de sa conférence de presse de rentrée, ses propos : « les caisses sont vides » et « avec Carla c'est du sérieux » accroissent la défiance. Le pays utilise alors François Fillon comme messager pour appeler le Président à plus de constance sur le fond de sa politique et de retenue sur le style présidentiel.
Les abstentionnistes des élections municipales et cantonales, qui avaient voté Nicolas Sarkozy à la présidentielle, issus des catégories populaires et des franges âgées de la population, enverront un nouveau message au Président en faisant basculer nombre de villes et de départements à gauche.
Le Président, en remontant de 38% à 40%, rompt avec un cycle de défiance. Cette remontée d'avril est le signe que les Français ont perçu les changements opérés par Nicolas Sarkozy dans le style présidentiel. Plusieurs épisodes récents témoignent en effet de l'adoption d'un style plus sobre, recentré, et jugé plus en accord avec la fonction présidentielle : les hommages nationaux au dernier poilu et à la Résistance au plateau des Glières, mais aussi le voyage en Angleterre avec Carla Bruni-Sarkozy. Ce changement est surtout repéré et apprécié dans les catégories les plus diplômées (+10 points ) et les classes moyennes (+6) tandis que les catégories populaires(-4) pourraient y voir un risque d'éloignement présidentiel.
Dans le même temps, le Premier ministre baisse de 5 points en passant de 55% à 50% de confiance. D'une part, François Fillon a moins de raison d'être instrumentalisé par une partie de l'Opinion, puisque le Président commence à donner des signes de réceptivité et d'autre part, il pâtit de son exposition sur la politique lors de cet après- municipales.
François Fillon a en effet dû défendre le renforcement de la présence française en Afghanistan désapprouvée par l'Opinion, mais surtout porter ses « mesures d'économie » de 6 à 7 milliards d'euros en assumant les inquiétudes sur le R .S.A , les suppressions de postes des fonctionnaires, la perspective de nouveaux efforts sur les retraites.... Cela explique que le Premier ministre recule de 16 points parmi les catégories populaires, contre seulement 2 parmi les classes moyennes.
On sent bien que le retour à une répartition classique des rôles dans la Vème République, qui préserve le Président en l'autonomisant du quotidien et expose le Premier ministre sur l'économique et le social, peut rétablir partiellement la confiance des Français envers le Président mais ne permettra pas des réformes d'ampleur. C'est bien Nicolas Sarkozy qui est attendu par le pays sur le fond de sa politique.
Stéphane ROZES
Directeur Général de CSA
Directeur du Pôle opinion, image et stratégies
Maître de conférences à Sciences Po Paris